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Première classe : Un mode de voyage qui ne date pas d’aujourd’hui !

 

L’évolution de la première classe et ses effets dans les modes de voyage actuels.

 

En 1882, quand le voyage était encore rude et dangereux, l’Orient Express était une vitrine de luxe et de confort. Ce « train-éclair » sophistiqué et disruptif réalisait l’axe Paris-Vienne en 28 heures.

Quelques années plus tard, aux préludes du siècle XX, entrent en scène les paquebots transatlantiques, comme le majestueux Titanic, qui faisait Londres-New York en une semaine.

Étant donnée l’étendue inéluctable du trajet, ce dernier était considéré comme le voyage lui-même. La destination importait peu, puisque les navires et trains étaient équipés des plus beaux programmes d’activités pour divertir et distraire ses occupants pendant ce long voyage. Des grands salons de convivialité et de danse, des somptueux petit-déjeuners créés par un chef attitré et des chambres privées spacieuses faisaient de la trajectoire un moment de plaisir et de confort.

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Annonce publicitaire de 1888 présentant le calendrier du train. Crédit : Wikipédia

Une transition de modalités due à la technologie 

Avec l’essor de l’industrie technologique et la révolution des transports, un aller Paris-Shanghai au bord d’un avion Air-France ne dure en général plus de 12 heures. Due à la hausse incroyable de la vitesse avec laquelle nous voyageons, les trajets sont désormais vus comme un moment d’attente fastidieux et non pas une expérience de vie comme jadis. L’aventure vécue lors des trajets est tombée en dénuement et les actuels moyens de transport, eux, ne nous permettent plus d’y vivre une aventure. Les avions et les trains à grande vitesse sont devenus des lieux d’attentes et de transition plutôt médiocres, des endroits où nulle expérience de vie est possible, des non-lieux. Bien sûr, hormis pour ceux prêts à débourser 18 500€ mille euros pour un aller simple entre Lyon et Abu Dhabi en première classe.

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Les suites privées de Singapore Airlines. Crédit : Singapore Airlines

La démocratisation du trafic aérien 

 Ahhh, la première classe. L’endroit qui promet un bon moment de voyage et qui réduit magiquement l’accablement physique pendant un long courrier. Évidemment, le luxe présent en première classe et sa capacité d’ajouter un peu de glamour à nos besoins physiologiques (manger, dormir, s’hydrater), ne sont accessibles qu’aux personnes prêtes à débourser des grosses sommes. En revanche, pour le bonheur de nous autres, c’est grâce aux quelques voyageurs en first-class que la classe économique a pu voir la lumière du jour.

« Chez Air France, les voyageurs des classes supérieures (Business et Première) représentent 20% du trafic, mais 80% des profits » confie Véronique Jeanclerc, responsable marketing La Première chez Air France, à la revue Capital.

L’énorme somme de profit généré par la première classe permet à la classe « éco » de subsister, et offre donc la possibilité aux simples mortels de voyager sans dépenser le PIB d’un pays pour acheter son billet. Nous pouvons donc nous presser à remercier les cadres d’entreprise de faire autant de trajets en première classe et conséquemment de nous permettre d’aussi voyager, mais pour un tarif beaucoup plus intéressant.

Ce phénomène a été mentionné par plusieurs économistes en tant qu’une démocratisation du voyage, qui était réservé à l’élite jusqu’aux années 50. Effectivement, peu de temps après, en 1980, les compagnies se sont rendues compte que la faible minorité de personnes pouvant se permettre un billet en première classe n’était pas suffisante pour que le chiffre d’affaires soit atteint. Elles ont donc été obligées d’intégrer dans leur business model un deuxième type de billet, moins coûteux, qui accordent aux classes populaires l’opportunité de voyager.

En revanche, les nouvelles compagnies Low-Cost proposent d’ores et déjà des conditions tarifaires attrayantes au public économique, ce qui fait évoluer la croissance du transport aérien. Ce phénomène crée de la concurrence face aux compagnies régulières, leur imposant de baisser les prix des sièges économiques. La classe « éco » se trouve donc de moins en moins chère, et les avions de plus en plus remplis.

« Plus les prix sont serrés, plus il faut installer de fauteuils dans un même avion. D’où les sardines. » déclare Gilles Bridier, journaliste spécialiste en économie, pour la magazine en ligne Slate.

En effet, pour contrebalancer l’érosion des prix, les compagnies aériennes augmentent la capacité d’occupation de la classe éco.

Une opposition d’élites et de classes populaires 

Parallèlement à la démocratisation du voyage, renaît un autre phénomène lié à la présence de deux classes sociales opposées dans une même machine : la crise de la division sociale. Parfois les vols partent sans même remplir les sièges de la première classe tandis que les passagers éco à l’arrière de l’appareil se battent pour avoir 10cm pour « déplier » (et non pas étirer) leurs jambes. Pour faire simple, l’avion fonctionne comme une version miniature et caricaturale de la société.

Ce spectacle des inégalités peut rapidement engendrer une ambiance hostile et déclencher des conflits entre les passagers à bord de l’avion, surtout quand ces derniers doivent traverser la classe privilégiée (et parfois vide) pour atteindre leurs sièges – et prennent conscience de leur position financière.

En outre, les inégalités du traitement social entre compagnie aérienne et ses passagers sont susceptibles d’éveiller des comportements hostiles des voyageurs. Le magazine de gauche The American Prospect cite Emmanuel Saez, économiste français spécialiste en inégalités, pour illustrer l’indignation face au traitement différencié de la part des compagnies en fonction du revenu des passagers :

« Logiquement, les compagnies aériennes ne sont pas responsables de la polarisation des revenus. Mais la disposition de leurs sièges en mode sardine la reflète de plus en plus. Les passagers des classes économiques disposent d’un confort minimal et des services basiques. »

En tout cas, une solution pour éradiquer cette indignation peut être de chercher à comprendre pourquoi les prix des billets varient autant.

À réfléchir si un éventuel remaniement des portes d’embarquement empêchant les passagers en opposition de classes de se croiser, pourrait atténuer – au moins temporairement – ce bourbier.

Sofia Aguilar

Post Author: Sofia Aguilar

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